Carence en fer chez la femme. Plus qu’une simple fatigue
Fatigue, troubles de la concentration et baisse de performance comptent parmi les troubles les plus fréquents avec lesquels les femmes se présentent à l'officine. Derrière eux peut se cacher une carence en fer qui reste souvent longtemps inaperçue et provoque déjà des symptômes avant qu'une anémie ne survienne. De nouvelles connaissances sur la ferritine, l'hepcidine et les schémas de prise orale modifient le traitement et font de l'officine un point de contact important pour un conseil fondé sur les preuves.

Une carence aux multiples visages
Le fer est fréquemment associé presque exclusivement à la formation des globules rouges. En réalité, son importance va bien plus loin. Cet oligo-élément est un composant de l’hémoglobine et donc indispensable au transport de l’oxygène. Mais il est également nécessaire à la production d’énergie mitochondriale, à la synthèse de l’ADN, à divers enzymes, à la fonction immunitaire et à la formation des neurotransmetteurs. Une carence peut donc altérer de nombreuses fonctions de l’organisme avant que des modifications de la formule sanguine n’apparaissent.¹ ²
L’organisme humain ne peut pas éliminer activement le fer. De petites quantités se perdent par la peau, les muqueuses et le tractus gastro-intestinal. Chez les femmes s’ajoutent les pertes sanguines dues aux règles. Le corps régule donc son stock de fer principalement par l’absorption dans l’intestin grêle et par le recyclage du fer des érythrocytes vieillissants. Si l’on perd durablement plus de fer qu’on n’en absorbe, les réserves se vident d’abord. Ce n’est que plus tard qu’il n’y a plus assez de fer pour la formation de l’hémoglobine et qu’une anémie ferriprive se développe.¹ ³
Cette progression par étapes explique pourquoi une hémoglobine normale n’exclut pas une carence en fer. Au stade précoce, la formule sanguine peut encore être totalement normale alors que la concentration de ferritine a déjà baissé et que la patiente développe des symptômes. En pratique, il faut donc distinguer la carence en fer sans anémie de l’anémie ferriprive avérée.³
Pourquoi les femmes sont particulièrement touchées
La menstruation est l’une des causes les plus fréquentes de perte chronique de fer. La quantité de sang qu’une femme perd pendant ses règles ne peut guère être mesurée de manière fiable au quotidien. Médicalement, une menstruation abondante n’est donc plus définie aujourd’hui par la seule quantité de sang. Ce qui est déterminant, c’est de savoir si le saignement altère la qualité de vie physique, sociale ou professionnelle. Des indices sont des saignements sur de nombreux jours, un changement très fréquent des produits d’hygiène, des saignements traversants la nuit, des caillots importants ou la nécessité d’utiliser simultanément tampon et serviette.⁴
Derrière des saignements abondants peuvent se cacher des myomes, une adénomyose, des troubles de la coagulation ou d’autres causes gynécologiques. L’endométriose est surtout associée à des douleurs cycliques et peut s’accompagner de saignements abondants ou irréguliers. Lorsqu’une femme a régulièrement besoin d’antalgiques en raison de règles très douloureuses, décrit des douleurs lors des rapports ou doit à plusieurs reprises limiter son travail et son quotidien à cause de ses troubles, il faut penser non seulement à une carence en fer, mais aussi à une pathologie gynécologique sous-jacente.⁵
D’autres facteurs de risque sont une alimentation végétarienne ou végane sans sélection soigneuse des aliments, des dons de sang fréquents, un sport d’endurance intensif, la maladie cœliaque, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, les interventions bariatriques et une prise prolongée d’inhibiteurs de la pompe à protons. Des pertes sanguines gastro-intestinales régulières, par exemple sous anti-inflammatoires non stéroïdiens, peuvent également contribuer à une carence en fer.¹ ⁶
Pour l’officine, il est déterminant de ne pas accepter trop vite un seul facteur de risque comme explication. Des règles abondantes peuvent rendre une carence en fer plausible, mais n’excluent pas automatiquement un trouble d’absorption supplémentaire ou une source de saignement gastro-intestinale.
Le cycle modifie les symptômes plus que le statut martial
Les différentes phases du cycle menstruel sont de plus en plus intégrées au conseil santé. Pour le métabolisme du fer, c’est surtout le saignement lui-même qui est pertinent. Pendant les règles, du fer est perdu. Dans la phase folliculaire qui suit, des troubles comme l’épuisement ou les céphalées se normalisent chez beaucoup de femmes. En cas de réserves déjà vidées, la capacité de performance peut toutefois rester diminuée pendant tout le cycle.
Les troubles de la phase lutéale peuvent se superposer aux symptômes d’une carence en fer. Fatigue, capacité de résistance réduite, céphalées, troubles du sommeil et difficultés de concentration sont fréquemment attribués au syndrome prémenstruel. S’ils surviennent indépendamment de la phase du cycle ou augmentent sur plusieurs mois, le statut martial devrait être pris en compte.
Une petite étude de 2026 a examiné ferritine, hepcidine, transferrine et hémoglobine à différentes phases du cycle chez des athlètes féminines. Elle n’a pas trouvé de différences claires dépendant de la phase pour les principaux paramètres de réserve. La phase du cycle semble donc moins importante pour l’interprétation de la ferritine et de l’hémoglobine que des facteurs comme l’inflammation, une charge d’entraînement intensive ou une perte sanguine de longue durée. L’étude était toutefois de petite taille et ne permet pas d’énoncé généralisable à toutes les femmes.⁷
En pratique, cela signifie qu’une prise de sang ne doit en principe pas être reportée à une phase particulière du cycle. Pour les contrôles d’évolution, il reste néanmoins judicieux de créer des conditions comparables et de ne pas doser les valeurs de laboratoire immédiatement après une infection aiguë ou un effort sportif exceptionnellement intense.
Grossesse et post-partum, des phases sensibles
Pendant la grossesse, les besoins en fer augmentent considérablement. Le fer est nécessaire à l’augmentation de la masse érythrocytaire maternelle, au placenta et au développement de l’enfant. Parallèlement, la concentration de ferritine baisse souvent au fil de la grossesse. Une insuffisance déjà présente avant la conception peut donc s’aggraver rapidement.
La lettre d’expert de la Société suisse de gynécologie et d’obstétrique relève qu’une carence en fer est observée en Suisse chez jusqu’à 32 pour cent des femmes enceintes. La recommandation suisse actualisée définit en règle générale des réserves de fer vides pendant la grossesse par une ferritine inférieure à 30 microgrammes par litre et prévoit, en cas d’anémie ferriprive légère, un traitement oral en première intention. La décision concernant la préparation, le dosage et la durée relève toutefois, pendant la grossesse, d’un accompagnement médical.⁸
Après l’accouchement, pertes sanguines, réserves épuisées et exigences physiques du post-partum peuvent se conjuguer. La fatigue est alors facilement expliquée par le seul manque de sommeil et la nouvelle situation de vie. Un épuisement marqué, une dyspnée d’effort, des palpitations ou des vertiges ne devraient cependant pas être banalisés comme des phénomènes normaux du post-partum.
Périménopause et ménopause
En périménopause, les cycles deviennent souvent plus irréguliers. Certains saignements peuvent manquer, d’autres être anormalement longs ou abondants. Le risque de carence en fer peut ainsi même augmenter temporairement. Les femmes entre 40 et 55 ans environ qui souffrent d’un nouvel épuisement ne devraient donc pas être automatiquement réduites à des troubles de la ménopause.
Après la ménopause, la perte sanguine menstruelle régulière disparaît. Une carence en fer ou une anémie ferriprive d’apparition nouvelle doit alors être soigneusement investiguée. Il faut en particulier exclure des saignements gastro-intestinaux, une maladie cœliaque, des inflammations chroniques et des maladies malignes. Une automédication prolongée sans cause clarifiée n’est pas appropriée à cette phase de la vie.¹ ⁶
Symptômes : typiques, mais non spécifiques
Parmi les symptômes fréquemment cités d’une carence en fer figurent fatigue, capacité de performance diminuée, troubles de la concentration, céphalées, vertiges, frilosité, pâleur et essoufflement à l’effort. Une chute de cheveux, des ongles cassants, des commissures des lèvres fissurées, un syndrome des jambes sans repos et l’envie inhabituelle de glace ou d’autres substances non comestibles peuvent également apparaître.³
Aucun de ces symptômes ne prouve à lui seul une carence en fer. Des troubles de la fonction thyroïdienne, une carence en vitamine B12, des troubles du sommeil, une dépression, des infections chroniques et de nombreuses autres maladies peuvent provoquer un tableau semblable. La chute de cheveux a elle aussi de nombreuses causes possibles et ne doit pas être automatiquement assimilée à une ferritine basse.
L’intensité des troubles ne corrèle en outre pas toujours directement avec la concentration de ferritine. Certaines femmes avec des réserves très basses ne rapportent que peu de symptômes, tandis que d’autres sont nettement affectées dès une réduction modérée. Les valeurs de laboratoire doivent donc toujours être appréciées conjointement avec les troubles, les facteurs de risque et d’éventuelles maladies sous-jacentes.
Carence en fer sans anémie : qu’est-ce qui est réellement démontré ?
Qu’une carence en fer puisse provoquer des troubles avant que l’hémoglobine ne baisse est désormais considéré comme plausible et cliniquement pertinent. Les données sont toutefois plus nuancées que certaines allégations publicitaires ne le laissent supposer.
Dans une étude suisse en double aveugle, 144 femmes non anémiques présentant une fatigue inexpliquée ont reçu pendant quatre semaines soit 80 milligrammes de fer élémentaire par jour, soit un placebo. La fatigue a davantage diminué sous fer. L’effet est apparu dans l’analyse en sous-groupes chez les femmes ayant une ferritine allant jusqu’à 50 microgrammes par litre. Cette observation ne signifie cependant pas que chaque femme symptomatique devrait viser une ferritine d’au moins 50. L’étude portait sur un groupe sélectionné sur une courte période et n’a défini aucune valeur cible universelle.⁹
D’autres études n’ont pas abouti systématiquement aux mêmes résultats. Chez des donneuses de sang non anémiques présentant une carence en fer, les valeurs de laboratoire se sont améliorées sous fer, sans qu’un effet significatif sur la fatigue soit démontrable.¹⁰
La conclusion correcte n’est donc pas de traiter généreusement la fatigue par du fer. Une supplémentation martiale peut plutôt être judicieuse chez des femmes symptomatiques sélectionnées présentant une carence confirmée biologiquement. Un traitement fondé uniquement sur des troubles non spécifiques ou sur une valeur souhaitée fixée arbitrairement n’est pas justifié scientifiquement.
Diagnostic : la ferritine est importante, mais pas infaillible
La ferritine est le principal paramètre de laboratoire pour évaluer les réserves de fer. Chez les adultes en bonne santé, l’Organisation mondiale de la santé définit une concentration de ferritine inférieure à 15 microgrammes par litre comme une carence en fer. Dans les revues cliniques et de nombreux algorithmes de traitement, une valeur inférieure à 30 microgrammes par litre est souvent déjà considérée comme compatible avec une carence en fer chez les personnes sans inflammation.¹¹ ¹²
Ces seuils différents ne se contredisent pas nécessairement. La valeur de l’OMS possède une spécificité élevée pour des réserves complètement ou largement épuisées. Un seuil de 30 augmente en revanche la sensibilité et est donc fréquemment utilisé dans la prise en charge clinique. Entre 15 et 30 microgrammes par litre, une carence en fer est très probable. Au-dessus, l’interprétation dépend davantage des symptômes, du statut inflammatoire et des comorbidités.
La ferritine est une protéine de la phase aiguë. En cas d’infections, d’inflammations chroniques, de maladies hépatiques et de maladies malignes, elle peut augmenter alors même que les tissus ne disposent pas d’assez de fer. L’OMS cite chez l’adulte avec inflammation un seuil nettement plus élevé de 70 microgrammes par litre. Cette valeur ne doit toutefois pas être utilisée isolément ni comme seuil thérapeutique universel. Elle sert à mieux saisir le risque d’une carence en fer masquée dans un contexte inflammatoire.¹¹
En cas de suspicion, il faudrait donc doser au minimum la formule sanguine et la ferritine. Dans les situations peu claires, la saturation de la transferrine et la protéine C réactive sont utiles en complément. Une saturation de la transferrine inférieure à 20 pour cent soutient le diagnostic, en particulier lorsque la ferritine pourrait être faussée par une inflammation. Dans des cas particuliers, le récepteur soluble de la transferrine ou l’hémoglobine réticulocytaire peuvent apporter des informations supplémentaires.¹ ¹²
Le volume globulaire moyen et la teneur corpusculaire moyenne en hémoglobine peuvent eux aussi rester longtemps normaux. Microcytose et hypochromie sont plutôt des signes d’une carence avancée et ne conviennent pas pour exclure un stade précoce.
Une valeur isolée de ferritine ne devrait en outre pas devenir un prétendu paramètre d’optimisation. Il n’existe aucune recommandation généralement reconnue selon laquelle chaque femme devrait atteindre une valeur supérieure à 50, 70 ou 100 microgrammes par litre. Ce qui est traité, c’est une carence démontrée, une symptomatologie médicalement pertinente et la cause sous-jacente, non un chiffre fixé arbitrairement.
L’hepcidine modifie le traitement oral
L’hepcidine est l’hormone régulatrice centrale du métabolisme du fer. Elle est produite dans le foie et pilote la protéine de transport ferroportine. Si l’hepcidine augmente, moins de fer est absorbé depuis l’intestin et moins de fer stocké est libéré dans la circulation. Les inflammations élèvent la concentration d’hepcidine et peuvent ainsi provoquer une carence martiale fonctionnelle.¹³
Une dose orale de fer fait elle aussi monter temporairement l’hepcidine. Des études de l’EPF de Zurich ont montré que des doses élevées consécutives et le fractionnement en plusieurs prises peuvent réduire l’absorption ultérieure de fer. Chez des femmes aux réserves vidées, le fer était proportionnellement mieux absorbé lors d’une prise un jour sur deux que lors d’une prise quotidienne. Une prise unique était plus favorable que le fractionnement de la même dose journalière.¹⁴
On ne peut cependant pas en déduire qu’une prise alternée est fondamentalement supérieure pour chaque patiente. Une méta-analyse de 2025 n’a trouvé, dans le traitement d’une anémie, aucune différence convaincante d’hémoglobine, de ferritine ou de saturation de la transferrine entre prise quotidienne et prise alternée. La certitude des données était faible. Les deux schémas peuvent être efficaces, la prise un jour sur deux constituant une bonne option pour les patientes présentant une intolérance.¹⁵
Une prudence particulière s’impose pendant la grossesse. Les besoins en fer y sont continuellement élevés et les données actuelles ne permettent pas encore de transposer globalement les schémas alternés à toutes les femmes enceintes. Le dosage devrait se conformer aux recommandations obstétricales et à la situation individuelle.⁸
Quelle préparation convient à quelle femme ?
Les sels de fer ferreux oraux comme le sulfate, le fumarate et le gluconate de fer restent le traitement standard. Ils sont bien étudiés, efficaces et relativement bon marché. Les recommandations gastroentérologiques actuelles préconisent le plus souvent, en début de traitement, un comprimé standard une fois par jour. S’il n’est pas toléré, une prise un jour sur deux, une dose plus faible, une autre formulation orale ou un traitement intraveineux entrent en ligne de compte.⁶
En Suisse, Tardyferon contient par exemple 80 milligrammes de fer bivalent sous forme de sulfate de fer et ferro sanol 100 milligrammes de fer bivalent sous forme de complexe fer-glycine-sulfate. Maltofer contient du fer trivalent sous forme de complexe hydroxyde de fer-polymaltose et est disponible en différentes formes galéniques. Les indications de dosage de l’information professionnelle correspondante doivent être respectées.¹⁶ ¹⁷ ¹⁸
Les sels de fer bivalents possèdent les données les plus étendues, mais provoquent souvent des troubles gastro-intestinaux. Une méta-analyse portant sur plus de 6800 adultes a montré sous sulfate de fer un risque significativement plus élevé d’effets indésirables gastro-intestinaux que sous placebo ou fer intraveineux. Sont typiques nausées, sensation de pesanteur, douleurs abdominales, constipation et diarrhée.¹⁹
L’hydroxyde de fer-polymaltose peut constituer une alternative, en particulier en cas de tractus gastro-intestinal sensible. Dans des études menées pendant la grossesse, l’efficacité était comparable à celle du sulfate de fer et la tolérance parfois meilleure. Les données sont toutefois moins étendues et ne peuvent pas être transposées sans réserve à tous les groupes de patients.²⁰
Le bisglycinate de fer est fréquemment présenté comme bien toléré. Une méta-analyse d’études randomisées a trouvé chez les femmes enceintes moins de troubles gastro-intestinaux et un bon effet sur l’hémoglobine. Pour les femmes non enceintes, les données sont nettement plus minces. Le bisglycinate de fer peut être une option en cas d’intolérance, mais ne doit pas être considéré comme globalement supérieur à tous les sels de fer classiques.²¹
Pour le fer liposomal ou sucrosomal, il existe des données intéressantes sur la tolérance. Les études sont cependant hétérogènes, parfois de petite taille et souvent liées au produit. Ces formes peuvent être judicieuses au cas par cas, mais ne disposent pas de la même base de preuves large que les sels de fer classiques. Elles ne devraient donc pas être préférées sur la seule base d’une technologie prétendument moderne.
Comparaison des préparations
| Situation | Option possible | Classement pour le conseil |
|---|---|---|
| Premier traitement sans intolérance connue | Sulfate, fumarate ou gluconate de fer | Meilleures et plus larges données, souvent premier choix |
| Tractus gastro-intestinal sensible | Fréquence plus faible ou hydroxyde de fer-polymaltose | La tolérance peut être meilleure, respecter l’information professionnelle |
| Troubles répétés sous sels de fer | Bisglycinate de fer | Tolérance prometteuse, données plus limitées hors grossesse |
| Souhait d’une forme liposomale | Fer liposomal ou sucrosomal | Alternative possible, mais aucune supériorité généralement démontrée |
| Anémie sévère, trouble d’absorption ou absence de réponse | Fer intraveineux | Exclusivement après indication posée par un médecin |
Prise : autant de preuves que nécessaire, aussi praticable que possible
Le fer bivalent est le mieux absorbé lorsqu’il est pris le matin à distance d’un repas et du café. Une étude suisse menée chez des femmes carencées a montré que le café réduisait nettement l’absorption. Une quantité modérée d’acide ascorbique l’améliorait, tandis qu’une dose très élevée n’apportait aucun avantage supplémentaire.²²
En pratique, la prise à jeun n’est cependant pas tolérable par toutes les patientes. Si elle provoque nausées ou douleurs gastriques, la prise avec un petit repas est le plus souvent plus judicieuse qu’un arrêt du traitement. Pour l’hydroxyde de fer-polymaltose, la prise peut se faire avec les repas conformément à l’information professionnelle.¹⁸
Café, thé noir, thé vert, quantités importantes de calcium et certains composants des céréales complètes peuvent réduire l’absorption. Un intervalle d’environ deux heures est praticable dans de nombreux cas. En même temps, le conseil ne devrait pas devenir si compliqué que la patiente ne prenne plus du tout le produit régulièrement.
Le fer peut influencer la résorption d’autres médicaments. Sont particulièrement concernés la lévothyroxine, les tétracyclines, les fluoroquinolones et les bisphosphonates. Les intervalles nécessaires diffèrent selon la préparation et devraient être fixés d’après l’information professionnelle correspondante ou une vérification des interactions. Les antiacides et les inhibiteurs de la pompe à protons peuvent eux aussi entraver l’absorption du fer.
Une coloration foncée des selles est habituelle sous fer oral et en soi inoffensive. Elle ne doit toutefois pas conduire à passer à côté d’un méléna ou d’autres signes d’un saignement gastro-intestinal. Les préparations liquides de fer peuvent colorer les dents. Une prise à la paille et un rinçage de la bouche ensuite peuvent réduire ce risque.
Combien de temps traiter ?
En cas d’anémie ferriprive, l’hémoglobine devrait augmenter de manière perceptible au cours des premières semaines. En l’absence de réaction, il faut vérifier les erreurs de prise, l’intolérance, la poursuite des pertes sanguines, une erreur de diagnostic ou un trouble d’absorption.⁶
Après normalisation de l’hémoglobine, le traitement est souvent poursuivi encore plusieurs semaines ou mois afin de reconstituer aussi les réserves. La durée exacte dépend des valeurs initiales, de la cause, de la préparation et de la tolérance. Une prise indéfinie sans contrôle biologique n’est pas judicieuse.
Pour le suivi, il n’est pas seulement déterminant de savoir si la ferritine a augmenté. Tout aussi importants sont la réponse clinique, l’hémoglobine en cas d’anémie et la question de savoir si la perte de fer persistante a été traitée. En cas de règles abondantes, il ne suffit pas à long terme de substituer sans cesse du fer sans s’attaquer à la cause du saignement.
Alimentation : base importante, mais rarement traitement suffisant
Le fer héminique de la viande et du poisson est mieux absorbé que le fer végétal. De bonnes sources végétales sont les légumineuses, le tofu, les noix, les graines, les produits complets et certains légumes. Un apport simultané de vitamine C peut améliorer la résorption du fer végétal.
Une alimentation végétarienne ou végane ne conduit pas nécessairement à une carence en fer. Le risque augmente toutefois lorsque les aliments riches en fer manquent, que l’apport énergétique global est faible ou que s’y ajoutent des pertes dues aux règles et au sport. Les jeunes femmes suivant des régimes restrictifs devraient en particulier veiller aussi à d’autres carences possibles, comme celle en vitamine B12.
Une carence en fer déjà marquée ne peut généralement pas être corrigée rapidement par la seule alimentation. Celle-ci reste néanmoins importante pour éviter, après un traitement réussi, un nouvel épuisement des réserves.
Quand un fer intraveineux entre en ligne de compte
Un fer intraveineux peut être nécessaire lorsque les préparations orales ne sont pas tolérées malgré des adaptations, ne montrent pas d’effet suffisant ou sont à peine absorbées en raison d’un trouble d’absorption. D’autres indications possibles sont une anémie symptomatique marquée, des maladies inflammatoires chroniques, la poursuite de pertes sanguines importantes ou la nécessité d’une reconstitution rapide, par exemple avant une opération ou à certaines phases de la grossesse.¹ ⁶ ⁸
La décision relève du médecin. Les préparations de fer intraveineuses diffèrent quant à la dose unitaire possible, à la durée de perfusion et au profil d’effets indésirables. Pour le carboxymaltose ferrique, il faut en particulier tenir compte du risque d’hypophosphatémie, surtout en cas d’administrations répétées. Un traitement intraveineux n’est donc pas une variante plus confortable de l’automédication, mais une thérapie médicale ciblée.
Algorithme de conseil pour l'officine
- Recenser les troubles
Depuis quand existent fatigue, baisse de performance, vertiges ou troubles de la concentration ? Y a-t-il dyspnée d’effort, palpitations, chute de cheveux, syndrome des jambes sans repos ou envies alimentaires inhabituelles ?
- Interroger sur les pertes sanguines
Quelle est la durée et l’abondance des règles ? Les produits d’hygiène doivent-ils être changés très souvent ou combinés ? Existe-t-il des saignements intermenstruels, des règles très douloureuses ou des saignements après la ménopause ?
- Vérifier les facteurs de risque
Sont à prendre en compte grossesse, post-partum, alimentation végétarienne ou végane, dons de sang, sport d’endurance intensif, maladies gastro-intestinales, interventions bariatriques, inhibiteurs de la pompe à protons et anti-inflammatoires non stéroïdiens.
- Confirmer le diagnostic
Un traitement de plus longue durée devrait reposer sur des valeurs de laboratoire. Sont pertinents la formule sanguine et la ferritine, ainsi qu’en situation peu claire la saturation de la transferrine et la protéine C réactive.
- Choisir la préparation individuellement
Les sels de fer bivalents sont le standard. En cas d’intolérance, une fréquence plus faible, un autre composé ou une évaluation médicale peuvent être judicieux.
- Expliquer la prise
Si possible une fois par jour, ou un jour sur deux chez les patientes appropriées. Séparer dans le temps café et thé. Vérifier les interactions médicamenteuses. En cas de troubles gastriques, envisager une prise avec un peu de nourriture.
- Contrôler l’évolution
En cas d’anémie, l’hémoglobine devrait augmenter. Les troubles et les réserves demandent souvent plus de temps. En l’absence d’effet, il ne s’agit pas simplement d’augmenter la dose, mais de réexaminer la cause.
Signaux d’alerte imposant une évaluation médicale
Une évaluation médicale immédiate ou rapide est nécessaire en cas de dyspnée au repos ou à l’effort léger, de syncope, de douleurs thoraciques, de tachycardie marquée, de pâleur importante ou de dégradation rapide de l’état général.
Du sang dans les selles, un méléna, des troubles abdominaux persistants, des troubles de la déglutition, une perte de poids involontaire ou une anémie ferriprive nouvellement diagnostiquée après la ménopause exigent également une recherche de la cause.
Les femmes enceintes, les femmes en post-partum présentant des troubles marqués ainsi que les patientes atteintes de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin ou opérées en chirurgie bariatrique ne devraient pas être traitées exclusivement dans le cadre de l’automédication.
Une évaluation médicale est également indiquée lorsqu’aucune réponse biologique n’est perceptible malgré une prise correcte, lorsque plusieurs préparations orales ne sont pas tolérées ou lorsque la carence en fer récidive.
Cinq idées fausses répandues
- Une hémoglobine normale exclut une carence en fer.
C’est faux. Les réserves peuvent déjà être vides alors que l’hémoglobine se situe encore dans la plage de référence.
- La ferritine doit dépasser 50 chez toute femme.
Il n’existe aucune base scientifique généralement valable pour cela. Seuils et objectifs thérapeutiques dépendent des inflammations, des troubles et du contexte clinique.
- Plus il y a de fer, mieux c’est.
Des doses élevées et fréquentes peuvent accroître les effets indésirables et l’hepcidine. Une plus grande part du fer n’est de ce fait pas du tout absorbée.
- La vitamine C est toujours nécessaire à forte dose.
Une quantité modérée peut améliorer l’absorption. Selon les données actuelles de résorption, des doses très élevées n’apportent aucun avantage supplémentaire.
- L’alimentation peut compenser toute carence.
Une alimentation riche en fer est importante, mais en cas de réserves nettement vidées ou d’anémie avérée, elle ne suffit généralement pas comme traitement unique.
En bref
La carence en fer chez la femme est plus qu’une valeur de laboratoire abaissée et plus qu’une explication possible de la fatigue. Elle naît souvent d’une combinaison de pertes menstruelles, de besoins accrus, d’alimentation et d’absorption, et peut avoir des causes et des conséquences différentes à chaque étape de la vie.
Le diagnostic moderne va au-delà de l’hémoglobine. La ferritine reste le paramètre de réserve central, mais doit, en cas d’inflammation, être interprétée conjointement avec la protéine C réactive et la saturation de la transferrine. Une carence en fer sans anémie peut provoquer des troubles, mais ne justifie pas une substitution non critique pour toute forme de fatigue.
Le traitement oral s’est lui aussi différencié. Une prise unique par jour ou un schéma alterné peut être mieux toléré que plusieurs doses quotidiennes. Le choix de la préparation dépend non seulement de l’absorption théorique, mais aussi de la tolérance, de l’adhésion au traitement, des comorbidités et de l’étape de vie de la patiente.
Pour les pharmaciens, la plus grande opportunité ne réside pas dans la remise la plus rapide possible d’un produit à base de fer. Elle réside dans un questionnement ciblé, dans la détection de règles abondantes et d’autres facteurs de risque, dans un conseil sûr sur la prise et dans une orientation en temps utile vers un diagnostic médical. C’est précisément ainsi que l’officine devient une partenaire centrale de la santé des femmes.
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