Vacciner aux frais de l'assurance: la pharmacie devient un pilier solide de la prévention

Dès 2027, l'assurance obligatoire des soins prendra en charge les vaccinations et les conseils vaccinaux effectués par des pharmaciennes et pharmaciens qualifiés. La décision supprime un obstacle financier central et renforce la pharmacie comme point de contact accessible des soins médicaux de base. Jusqu'à la mise en œuvre, d'importantes questions restent toutefois ouvertes concernant les tarifs, les autorisations cantonales et les processus d'exploitation.

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Verena Wegener · July 2, 2026 · 9 min read
Vacciner aux frais de l'assurance: la pharmacie devient un pilier solide de la prévention

Une vaccination contre la grippe sur le chemin du retour, un rappel FSME sans rendez-vous médical préalable ou une vérification du statut vaccinal directement en pharmacie: ce qui est déjà possible en de nombreux endroits doit pouvoir être facturé de manière ordinaire à l’assurance de base dès le 1er janvier 2027.

Le Département fédéral de l’intérieur (DFI) a décidé en juin 2026 d’inscrire les vaccinations prophylactiques effectuées par des pharmaciennes et pharmaciens au catalogue des prestations de l’assurance obligatoire des soins (AOS). Doivent être remboursées tant la vaccination elle-même que le conseil vaccinal qui l’accompagne. La Confédération y associe expressément l’objectif de simplifier l’accès aux offres de vaccination pour les adultes et de renforcer le rôle des pharmacies dans les soins de base.

Pour les pharmacies suisses, il s’agit de bien plus que d’une nouvelle possibilité de facturation. La décision marque un changement de politique de la santé: les prestations pharmaceutiques ne sont plus seulement tolérées à titre complémentaire, mais de plus en plus reconnues comme partie intégrante des soins médicaux.

Qu’est-ce qui change concrètement?

Selon pharmaSuisse, la nouvelle réglementation s’applique aux personnes dès l’âge de 16 ans révolus. Les vaccinations et le conseil qui les accompagne pourront à l’avenir être fournis directement en pharmacie à la charge de l’assurance de base, pour autant que les conditions légales et professionnelles soient remplies.

La condition de la prise en charge est en principe qu’il s’agisse d’une vaccination prophylactique reconnue par l’AOS et que les conditions correspondantes de l’ordonnance sur les prestations de l’assurance des soins soient remplies. Restent donc déterminantes, entre autres, les recommandations du plan de vaccination suisse ainsi que d’éventuelles restrictions selon l’âge, le groupe à risque, l’indication ou le schéma vaccinal.

La Confédération cite en particulier les vaccinations contre la grippe saisonnière et l’encéphalite à tiques (FSME) comme exemples où une offre plus accessible pourrait améliorer le taux de couverture vaccinale.

Les vaccinations qu’une pharmacie peut effectivement proposer continuent toutefois de dépendre des prescriptions cantonales. Le nouveau financement par l’AOS ne crée donc pas automatiquement une autorisation de vacciner uniforme à l’échelle suisse.

Exemptée de franchise, mais pas entièrement gratuite

Depuis le 1er janvier 2026, toutes les vaccinations protectrices énumérées à l’art. 12a OPAS ainsi que le conseil vaccinal qui les accompagne sont exemptés de la franchise. La quote-part légale demeure toutefois.

Dès 2027 s’y ajoute la deuxième étape décisive: non seulement les vaccinations effectuées par un médecin, mais aussi les prestations vaccinales autorisées en pharmacie doivent être remboursées par l’assurance de base.

Pour les assurés, cela signifie qu’ils n’ont en principe plus à supporter entièrement les coûts eux-mêmes. La vaccination n’en devient toutefois pas nécessairement entièrement gratuite. Selon la situation d’assurance individuelle, la quote-part légale peut continuer de s’appliquer.

La distinction est importante: exempté de franchise ne signifie pas automatiquement gratuit.

Pourquoi cette décision est si importante pour les pharmacies

Les pharmacies proposent des vaccinations depuis des années. Malgré cela, la clientèle devait jusqu’ici souvent payer elle-même la prestation pharmaceutique. Le remboursement du vaccin était également, selon les cas, subordonné à des conditions supplémentaires telles qu’une prescription médicale ou des modèles d’assurance particuliers.

Il existait ainsi une inégalité de traitement manifeste: une même vaccination médicalement recommandée pouvait être remboursée différemment selon le lieu où elle était effectuée.

Cet obstacle financier a jusqu’ici freiné le potentiel des pharmacies. Selon une enquête de population publiée par pharmaSuisse, environ un quart de la population s’est déjà fait vacciner ou conseiller en matière de vaccination dans une pharmacie. 74 pour cent des personnes interrogées ont indiqué qu’elles recourraient en principe ou plutôt à une vaccination en pharmacie si celle-ci était prise en charge par l’assurance de base sans ordonnance médicale.

La demande devrait donc augmenter sensiblement dès 2027. Il sera déterminant de savoir si les pharmacies peuvent absorber cette demande supplémentaire sur le plan du personnel, des locaux et de l’organisation.

La pharmacie, accès sans complication à la protection vaccinale

Le plus grand avantage de la pharmacie réside dans son accessibilité. De nombreux sites disposent de longues heures d’ouverture, se trouvent dans des quartiers d’habitation, des centres commerciaux ou à des nœuds de transport, et peuvent proposer des rendez-vous à court terme ou des vaccinations sans annonce préalable.

Selon pharmaSuisse, environ deux pharmacies suisses sur trois permettent déjà aujourd’hui des vaccinations sans ordonnance et sans annonce préalable.

Précisément pour les personnes actives, celles sans médecin de famille attitré ainsi que celles qui ont besoin d’un simple rappel, cela peut faciliter considérablement l’accès.

Du point de vue de la politique de la santé, la décision est donc compréhensible. Une vaccination qui n’est pas effectuée en raison d’obstacles organisationnels ou financiers élevés ne déploie aucun bénéfice préventif. Plus l’offre est proche du quotidien de la population, plus son utilisation est probable.

La Confédération attend que la nouvelle réglementation permette d’éviter des maladies évitables par la vaccination et de réduire les évolutions graves.

Un allègement pour les cabinets médicaux – mais pas une médecine concurrente

L’extension des offres de vaccination est parfois discutée comme une concurrence entre cabinet médical et pharmacie. Dans le quotidien des soins, elle devrait toutefois conduire avant tout à une répartition des tâches plus judicieuse.

Les vaccinations standardisées chez des adultes en bonne santé peuvent dans bien des cas être effectuées de manière sûre et efficiente en pharmacie. Les capacités médicales peuvent ainsi être davantage consacrées aux investigations complexes, aux patients à risque ou aux situations vaccinales peu claires.

La pharmacie ne remplace ni le diagnostic médical ni la prise en charge médicale globale. Elle assume bien plutôt des prestations de prévention clairement définies dans le cadre de ses compétences professionnelles.

Déterminant est un triage qui fonctionne. En cas de maladie aiguë, d’allergies importantes, de réactions vaccinales graves antérieures, de grossesse, d’immunosuppression ou de comorbidités complexes, il faut examiner au cas par cas si la vaccination en pharmacie est judicieuse et admissible ou si une évaluation médicale est nécessaire.

Les différences cantonales subsistent

La plus grande faiblesse structurelle de la nouvelle réglementation réside dans le système fédéral. Si le financement par l’assurance de base est réglé au niveau fédéral, l’autorisation concrète de vacciner reste déterminée par les cantons.

Des différences peuvent donc continuer d’exister concernant:

  • les vaccins admis,
  • les limites d’âge,
  • les conditions des vaccinations sans prescription médicale,
  • les exigences en matière de locaux et d’exploitation,
  • l’obligation d’annonce ou d’autorisation,
  • ainsi que la prise en charge de certains groupes à risque.

Une formation continue pharmaceutique ne donne pas non plus automatiquement le droit d’effectuer des vaccinations. Les pharmaciennes et pharmaciens doivent remplir les conditions cantonales en vigueur et disposer de l’autorisation officielle requise. pharmaSuisse relève en outre que les personnes qui vaccinent ont besoin d’une attestation de capacité correspondante ainsi que d’un certificat BLS-AED reconnu et valable.

Du point de vue des patients, l’offre peut de ce fait rester difficile à comprendre. Une personne peut recevoir une vaccination donnée directement en pharmacie dans un canton, alors que d’autres règles s’appliquent dans le canton voisin.

Le remboursement deviendra certes plus national dès 2027. L’offre vaccinale elle-même reste pour l’instant marquée par le fédéralisme.

La question tarifaire n’est pas encore entièrement résolue

La décision politique de principe est prise, mais la mise en œuvre pratique exige une base tarifaire solide.

pharmaSuisse et les assureurs doivent déterminer comment les différentes composantes de la prestation sont rémunérées. En font partie par exemple:

  • la vérification du statut vaccinal,
  • l’anamnèse et le triage,
  • le conseil,
  • la préparation et l’administration du vaccin,
  • la documentation,
  • la surveillance post-vaccinale,
  • ainsi que les charges de matériel, d’infrastructure et d’hygiène.

pharmaSuisse a déclaré en juin 2026 que les bases tarifaires devaient être élaborées rapidement avec les assureurs-maladie afin que la prise en charge à l’échelle suisse au 1er janvier 2027 puisse effectivement être mise en œuvre.

Pour les pharmacies, c’est un point critique. Une nouvelle prestation n’est économiquement viable que si la rémunération tient adéquatement compte des charges réelles de personnel et d’infrastructure.

Si seule la piqûre proprement dite est payée, mais non la préparation et le suivi professionnellement nécessaires, un sous-financement menace. Une facturation trop compliquée pourrait à son tour augmenter la charge administrative et exclure les plus petites pharmacies de l’offre.

Le tarif contribue donc à déterminer si la réforme aboutira dans la pratique à une offre vaccinale généralisée ou si elle ne pourra être mise en œuvre principalement que par de plus grandes officines déjà bien équipées.

De nouvelles chances – mais rien d’automatique

La nouvelle réglementation ouvre plusieurs chances aux pharmacies. Les vaccinations peuvent devenir une composante visible du portefeuille de prestations et renforcer la perception de la pharmacie comme centre de santé.

Parallèlement, les offres de vaccination se laissent combiner à d’autres prestations, par exemple:

  • des contrôles du carnet de vaccination,
  • des conseils en voyage et en prévention,
  • des campagnes de santé saisonnières,
  • des conseils sur les facteurs de risque,
  • ou l’approche structurée des personnes âgées et des malades chroniques.

Économiquement aussi, une prestation vaccinale rémunérée de manière adéquate peut être intéressante. Contrairement à la vente classique de médicaments, elle repose directement sur la compétence pharmaceutique et l’accompagnement personnel.

Elle exige toutefois des investissements. Les pharmacies ont besoin de locaux de conseil et de vaccination appropriés, de personnel formé, de processus d’urgence clairs, de plages horaires suffisantes, d’une documentation fiable et d’une planification adaptée des stocks et des rendez-vous.

S’y ajoute la communication avec la clientèle. Beaucoup d’assurés ne sauront d’abord pas quelles vaccinations sont prises en charge, s’ils ont besoin d’un rendez-vous ou quels coûts subsistent malgré l’exemption de franchise.

La pharmacie devra donc non seulement vacciner, mais aussi expliquer la nouvelle réglementation.

Ce que les pharmacies devraient préparer dès maintenant

Jusqu’à l’entrée en vigueur au 1er janvier 2027, la fenêtre temporelle est limitée. Les officines souhaitant introduire ou développer la vaccination devraient examiner tôt leurs conditions.

Sont notamment au centre:

Autorisation et qualification: Les autorisations cantonales, attestations de capacité et certificats d’urgence requis sont-ils disponibles et valables?

Conditions locales: Un espace approprié est-il disponible, permettant discrétion, hygiène et une surveillance post-vaccinale adéquate?

Planification du personnel: Quels collaborateurs effectuent les vaccinations, et comment ces plages horaires sont-elles intégrées au quotidien de l’officine?

Documentation et facturation: Les systèmes sont-ils prêts à saisir correctement conseil vaccinal, vaccin, prestation et données d’assurance?

Gestion des urgences: Le matériel d’urgence, les processus et les responsabilités sont-ils clairement réglés et régulièrement exercés?

Communication: Comment la clientèle est-elle informée de l’offre, des conditions d’accès, de la quote-part et des possibilités de rendez-vous?

Qui ne commence ces préparatifs qu’à fin 2026 pourrait avoir de la peine à exploiter pleinement les nouvelles possibilités dès le premier jour.

Un jalon de politique de la santé à l’épreuve

L’inscription des prestations vaccinales pharmaceutiques dans l’assurance de base est une étape importante pour la profession. Elle confirme que la prévention ne doit pas se dérouler exclusivement dans les cabinets médicaux et que les compétences des pharmaciennes et pharmaciens doivent être mises à profit de manière plus ciblée.

La décision seule ne garantit toutefois pas encore une mise en œuvre réussie. Seront déterminants un tarif équitable, des processus de facturation praticables, un personnel qualifié en nombre suffisant et des conditions-cadres cantonales aussi harmonisées que possible.

Si cela réussit, le 1er janvier 2027 pourrait devenir un tournant: de la pharmacie comme lieu de vaccination occasionnel supplémentaire à un pilier durablement établi de la couverture vaccinale suisse.

Pour les pharmacies, cela signifie plus de responsabilité, plus de visibilité et la chance de développer encore leur place dans les soins médicaux de base.

En bref

Dès le 1er janvier 2027, les pharmaciennes et pharmaciens habilités pourront effectuer des vaccinations prophylactiques et le conseil correspondant à la charge de l’assurance de base. L’offre s’adresse en principe aux personnes dès 16 ans et reste liée aux conditions légales et cantonales. Les prestations vaccinales sont déjà exemptées de franchise depuis 2026; la quote-part demeure. Restent ouverts, respectivement en cours d’élaboration, notamment les tarifs concrets et les modalités de facturation. Les réglementations cantonales sur l’autorisation de vacciner ne sont pas abrogées par la décision fédérale.

Références
  1. Eidgenössisches Departement des Innern (EDI). Impfungen in Apotheken sollen ab 2027 von der Grundversicherung übernommen werden. Medienmitteilung vom 13. Juni 2026.
  2. Bundesamt für Gesundheit (BAG). Änderungen der Krankenpflege-Leistungsverordnung (KLV) und der Krankenpflege-Leistungsverordnung (KLV): Franchisebefreiung für empfohlene Impfungen. Bern, 2025/2026.
  3. pharmaSuisse. pharmaSuisse begrüsst EDI-Entscheid: Impfungen in Apotheken sollen ab 2027 von der Grundversicherung übernommen werden. Medienmitteilung, Juni 2026.
  4. pharmaSuisse. Impfen und Impfberatung in der Apotheke. Fachinformationen für Apothekerinnen und Apotheker.
  5. Bundesamt für Gesundheit (BAG). Schweizerischer Impfplan 2026.
  6. Krankenpflege-Leistungsverordnung (KLV), insbesondere Art. 12a (Schutzimpfungen).
  7. Bundesgesetz über die Krankenversicherung (KVG; SR 832.10).
  8. Verordnung über die Krankenversicherung (KVV; SR 832.102).
  9. pharmaSuisse. Fakten & Zahlen – Dienstleistungen der Schweizer Apotheken. (aktuelle Ausgabe 2026).
  10. Bundesamt für Gesundheit (BAG). Nationale Strategie zu Impfungen (NSI). Bern.
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Verena Wegener

Autorin/Autor bei Dispensio.

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