Parcours après les études de pharmacie : entre officine, industrie et innovation

Les études de pharmacie ouvrent bien plus de portes que la voie classique vers l'officine. Pharmacie hospitalière, industrie pharmaceutique, recherche, autorités ou indépendance : les profils professionnels des pharmaciens en Suisse se diversifient. Parallèlement, numérisation, pénurie de personnel et nouveaux modèles de prise en charge transforment fondamentalement le marché du travail. Quelles voies sont particulièrement demandées, et où se situent chances, défis et potentiels d'avenir ?

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Carsten Spang · May 28, 2026 · 5 min read
Parcours après les études de pharmacie : entre officine, industrie et innovation

Points clés

  • L’officine reste la porte d’entrée la plus fréquente pour les pharmaciens suisses – tandis que de nouveaux rôles apparaissent en pharmacie clinique, prévention et numérisation.
  • Industrie et autorités offrent des voies attrayantes, avec de fortes possibilités de spécialisation et une orientation internationale.
  • La pénurie de personnel en Suisse accroît la demande de pharmaciens qualifiés dans presque tous les domaines.
  • Indépendance et carrières hybrides gagnent en importance, notamment grâce à de nouveaux modèles de santé et de conseil.

Du profil professionnel classique à la carrière multidisciplinaire

Il y a quelques décennies encore, l’officine passait pour la voie de carrière quasi incontournable après des études de pharmacie. Aujourd’hui, le monde professionnel se présente bien plus largement. Selon l’organisation professionnelle pharmaSuisse, quelque 6700 pharmaciennes et pharmaciens travaillaient en Suisse en 2024, dont environ deux tiers en officine.¹ Parallèlement, les besoins croissent continuellement dans les domaines cliniques, réglementaires et scientifiques.

Les moteurs de cette évolution sont notamment le vieillissement de la population, l’augmentation des besoins en médicaments, l’académisation des soins et la pénurie croissante de personnel qualifié. Selon l’Observatoire suisse de la santé Obsan, la pharmacie compte parmi les professions de santé à demande croissante sur le long terme.²

L’officine : plus que la remise de médicaments

L’officine reste le principal employeur des pharmaciens. Dans le même temps, le profil professionnel change fortement. Vaccinations, revues de médication, offres de prévention ou prestations pharmaceutiques font de plus en plus partie du quotidien.

Une étude de l’Université de Bâle a montré très tôt que les pharmaciens assument aujourd’hui nettement plus d’activités cliniques et de conseil qu’il y a dix ans.³ En Suisse en particulier, les compétences élargies gagnent en importance, par exemple pour les vaccinations, les renouvellements d’ordonnance ou la gestion de la médication.

Sur le plan économique aussi, l’officine reste pertinente : les pharmacies suisses ont réalisé en 2023 un chiffre d’affaires d’environ 7 milliards de francs.⁴ Beaucoup d’entreprises restent néanmoins sous pression, entre marges en baisse, manque de personnel et concurrence du commerce en ligne.

Pour les débutants, l’officine offre toujours l’avantage d’un large contact avec les patients et de responsabilités rapides. Parallèlement, les exigences en matière de communication, de conduite et de compréhension économique augmentent.

Pharmacie hospitalière : l’expertise clinique gagne en importance

La pharmacie hospitalière compte parmi les domaines les plus dynamiques de la profession. Des thèmes comme la sécurité de la médication, l’antibiotic stewardship ou l’oncologie ont nettement renforcé ces dernières années le rôle des pharmaciens cliniciens.

Selon l’association suisse des pharmaciens de l’administration et des hôpitaux GSASA, plusieurs centaines de pharmaciens travaillent désormais dans les hôpitaux de soins aigus suisses.⁵ Des études internationales montrent en outre que l’intégration de pharmaciens cliniciens peut réduire significativement les erreurs de médication.⁶

Le travail à l’hôpital est fréquemment interdisciplinaire. Les pharmaciens collaborent étroitement avec les médecins, le personnel soignant et le management de la qualité. Des formations postgrades comme le titre FPH en pharmacie hospitalière en deviennent de plus en plus la condition.

Beaucoup de pharmaciens apprécient particulièrement la combinaison entre activité clinique, science et possibilités de spécialisation : soins intensifs, infectiologie ou préparation de cytostatiques, par exemple.

Industrie pharmaceutique : recherche, medical affairs et regulatory affairs

La Suisse compte parmi les principaux sites mondiaux de l’industrie pharmaceutique. Des entreprises comme Roche ou Novartis emploient des milliers de spécialistes hautement qualifiés, dont de nombreux pharmaciens.

Les voies de carrière vont de la recherche et développement aux medical affairs, en passant par la pharmacovigilance ou les regulatory affairs. Sont particulièrement recherchés la compréhension scientifique, la gestion de projet et les capacités de communication internationale.

Selon Interpharma, l’industrie pharmaceutique suisse a investi en 2023 plus de 9 milliards de francs en recherche et développement sur le territoire suisse.⁷ La branche compte en même temps parmi les secteurs les plus exportateurs du pays.

Beaucoup de pharmaciens apprécient l’industrie pour ses perspectives de carrière internationales, ses salaires plus élevés et ses possibilités de spécialisation. Les critiques y voient en revanche un contact patient réduit et une orientation économique plus marquée.

Autorités et institutions réglementaires

Les autorités offrent elles aussi des voies de carrière attrayantes aux pharmaciens. Des institutions comme Swissmedic ou les directions cantonales de la santé recherchent régulièrement des spécialistes au bagage pharmaceutique.

Les pharmaciens y travaillent notamment dans l’autorisation de médicaments, la pharmacovigilance, le contrôle des produits thérapeutiques ou la politique de la santé. Avec la réglementation croissante des médicaments, des dispositifs médicaux et des solutions de santé numériques, le besoin d’experts y augmente également.

Le domaine convient particulièrement aux pharmaciens intéressés par le droit, l’assurance qualité et la santé publique.

Recherche et carrière académique

Universités et institutions de recherche offrent des voies de carrière aux pharmaciens à orientation scientifique. Des thèmes comme la médecine personnalisée, le drug delivery, la biotechnologie ou la recherche sur la longévité gagnent en importance.

La carrière académique est toutefois compétitive. Beaucoup de postes présupposent un doctorat. En contrepartie, la recherche permet des coopérations internationales et un accès direct aux innovations.

Le lien entre pharmacie, science des données et intelligence artificielle devient particulièrement pertinent. Selon un rapport de Deloitte, l’IA transformera massivement le développement des médicaments ces prochaines années, en particulier pour la recherche de principes actifs et les essais cliniques.⁸

Indépendance et nouveaux modèles d’affaires

À côté des voies classiques, l’indépendance regagne en attractivité : reprises d’officines, sociétés de conseil, plateformes de santé numériques ou marques propres dans les compléments et la dermocosmétique.

Parallèlement, économie de plateforme, e-commerce et télémédecine transforment durablement la branche. Les pharmaciens à l’esprit entrepreneurial peuvent y développer de nouveaux concepts de prise en charge, par exemple des modèles hybrides entre conseil, prévention et suivi numérique.

Les jeunes pharmaciens s’intéressent en particulier de plus en plus à des parcours flexibles plutôt que linéaires. Modèles à temps partiel, carrières en portefeuille et activités par projet se multiplient.

En bref

Les études de pharmacie sont aujourd’hui plus polyvalentes que jamais. L’officine classique reste centrale, mais pharmacie clinique, industrie, autorités et nouveaux modèles de santé numériques créent des voies supplémentaires attrayantes.

Qui se spécialise tôt, développe des compétences interdisciplinaires et reste ouvert à de nouveaux rôles profite d’un marché du travail à forte demande et aux larges possibilités de développement. L’avenir de la pharmacie ne se joue plus depuis longtemps uniquement derrière le comptoir, mais de plus en plus à l’interface entre science, technologie et prise en charge sanitaire.

Références
  1. pharmaSuisse. Zahlen & Fakten Apotheken und Apotheker in der Schweiz, 2024.
  2. Schweizerisches Gesundheitsobservatorium (Obsan). Gesundheitspersonal in der Schweiz – Prognosen bis 2040, 2023.
  3. Hersberger KE et al. Clinical pharmacy services in Swiss community pharmacies. International Journal of Clinical Pharmacy. 2019;41(5):1234–1242.
  4. IQVIA Switzerland. Pharmamarkt Schweiz 2023.
  5. GSASA – Schweizerischer Verein der Amts- und Spitalapotheker. Berufsbild Spitalpharmazie, 2024.
  6. Bond CA, Raehl CL. Clinical pharmacy services, pharmacy staffing, and hospital mortality rates. Pharmacotherapy. 2007;27(4):481–493.
  7. Interpharma. Die Pharmaindustrie in der Schweiz 2024.
  8. Deloitte. Artificial Intelligence in Drug Discovery and Development, 2024.
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Carsten Spang

Autorin/Autor bei Dispensio.

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