Tiques: un conseil bien piqué
La FSME, la borréliose et la vaccination contre celle-ci sont des thèmes fréquents en officine. Ce guide explique les différences entre les agents pathogènes, les détails de la vaccination contre la FSME en pharmacie et la marche à suivre correcte lorsqu'un client demande de l'aide pour une tique fixée.
Points clés
- La FSME (virus) et la borréliose (bactérie) exigent des approches de conseil différentes; seule la vaccination protège contre la FSME, tandis que le retrait rapide de la tique protège contre la borréliose.
- La vaccination contre la FSME est recommandée pour presque toute la Suisse et peut être effectuée dans les pharmacies disposant de l’autorisation correspondante.
- En cas de piqûre de tique, le retrait correct (tirer droit, ne pas écraser) et la désinfection sont déterminants.
- Surveiller une rougeur qui s’étend (érythème migrant) ou des symptômes grippaux et faire évaluer médicalement en cas de suspicion de borréliose.
Dès que les températures montent, les demandes se multiplient: «J’étais en forêt – dois-je me faire vacciner contre les tiques?», «Il y a quelque chose là, pouvez-vous l’enlever?», «Cette rougeur est-elle dangereuse?» Les tiques ne sont depuis longtemps plus un sujet marginal en Suisse: la tique du mouton (Ixodes ricinus) est présente dans tout le pays jusqu’à quelque 2000 mètres d’altitude, de préférence dans les forêts de feuillus au sous-bois dense.[4] L’officine en est souvent le premier interlocuteur – accessible, sans rendez-vous, et désormais aussi, en de nombreux endroits, pour la vaccination elle-même.
Ce guide distingue les deux agents pathogènes importants, clarifie la vaccination contre la FSME ainsi que la question «peut-on vacciner en pharmacie?» et montre pas à pas ce qu’il faut faire lorsqu’une personne se présente au comptoir avec une tique fixée.
Deux agents pathogènes, deux logiques de conseil
En Suisse, les tiques transmettent avant tout deux maladies – et l’erreur de conseil décisive consiste à les mettre dans le même panier. La FSME (méningo-encéphalite verno-estivale) est une infection virale du système nerveux central contre laquelle il n’existe aucun traitement causal – seule la vaccination protège.[3] La borréliose de Lyme est une infection bactérienne (Borrelia burgdorferi) contre laquelle il n’existe aucune vaccination, mais une antibiothérapie efficace.[6]
La différence la plus importante en pratique concerne le délai de transmission – et elle renverse une idée reçue répandue chez la clientèle. Les borrélies se trouvent dans l’intestin de la tique et n’atteignent la circulation humaine le plus souvent qu’après environ 12 à 24 heures; un retrait rapide et correct réduit donc nettement le risque de borréliose.[6] Le virus de la FSME, en revanche, se trouve dans les glandes salivaires et est transmis dès les premières minutes après la piqûre – un retrait rapide ne protège pas de manière fiable ici.[1] D’où le message central: contre la borréliose, le retrait rapide aide; contre la FSME, seule la vaccination.
| FSME | Borréliose de Lyme | |
|---|---|---|
| Agent | Virus (virus de la FSME) | Bactérie (Borrelia burgdorferi) |
| Transmission | en quelques minutes par la salive | le plus souvent après 12–24 heures |
| Tiques infectées | env. 0,5–5 % | env. 5–30 %, localement jusqu’à ~50 % |
| Protection | Vaccination | retrait rapide, protection contre l’exposition |
| Traitement | aucun causal (seulement symptomatique) | Antibiotiques (sur prescription) |
| Répartition CH | toute la Suisse sauf le Tessin | toute la Suisse, Tessin inclus |
Épidémiologie suisse: l’essentiel
La FSME est soumise à déclaration; au cours des deux dernières décennies, quelque 50 à 400 personnes sont tombées malades chaque année (environ 380 cas en 2022, 298 cas en 2023), l’OFSP observant ces dernières années une incidence croissante.[10] Certes, seules 0,5 à 5 % des tiques portent le virus, mais 5 à 15 % des personnes malades développent une méningo-encéphalite pouvant laisser des séquelles durables ou – rarement, surtout chez les personnes âgées – s’avérer mortelle.[9]
La borréliose est la maladie associée aux tiques la plus fréquente, mais elle n’est pas soumise à déclaration; selon la région, 5 à 30 % des tiques sont infectées par des borrélies, par endroits près de la moitié.[11] Géographiquement, depuis l’intégration du canton de Genève (2024), toute la Suisse à l’exception du Tessin est considérée comme zone à risque de FSME; la borréliose est présente dans tout le pays, Tessin inclus.[2]
La vaccination contre la FSME: indication, vaccins, schéma
L’OFSP recommande la vaccination contre la FSME à tous les adultes et enfants dès 3 ans (jusqu’en 2024: dès 6 ans) qui habitent dans une zone à risque ou y séjournent temporairement; en cas de forte exposition, elle est possible dès 1 an.[2] Deux vaccins inactivés sont autorisés en Suisse: Encepur N / Encepur N Enfants et FSME-Immun CC / FSME-Immun 0,25 ml Junior; l’administration se fait de préférence par voie intramusculaire dans le bras.[1]
Pour l’immunisation de base, trois doses sont nécessaires: les doses 1 et 2 à 2 à 4 semaines d’intervalle (dès 14 jours si une protection plus rapide est souhaitée), la dose 3 au plus tôt cinq mois après la deuxième. La vaccination complète offre une protection de plus de 95 % pendant au moins dix ans; ensuite, un rappel tous les dix ans est recommandé.[3] Important dans l’entretien de conseil: les deux premières doses créent déjà une protection efficace mais limitée dans le temps – la troisième dose est indispensable à l’effet à long terme.
Peut-on vacciner en pharmacie?
En bref: oui – et la FSME en est un exemple modèle. Depuis la révision de la loi sur les professions médicales (2015), la compétence vaccinale des pharmaciens est ancrée dans la loi; la vaccination en pharmacie est désormais possible dans chaque canton, et environ deux tiers des pharmacies vaccinent sans annonce préalable et sans ordonnance.[7] Comme les vaccins contre la FSME sont des vaccins inactivés, ils comptent parmi les vaccinations les plus largement autorisées en pharmacie.
Les détails sont toutefois réglés par les cantons, et ils diffèrent: certains cantons n’autorisent que les vaccins inactivés, d’autres également les vaccins vivants; parfois les pharmacies ne peuvent effectuer que des vaccinations de suivi, la primovaccination devant être médicale.[12] Sont en règle générale vaccinées des personnes en bonne santé dès 16 (parfois 18) ans.[7] Du côté de la pharmacie, l’attestation de capacité «FPH vaccination et prise de sang» ainsi qu’une autorisation cantonale sont requises; pour les pharmaciennes et pharmaciens titulaires d’un diplôme fédéral obtenu dès 2022, l’attestation est déjà comprise dans les études de base, mais l’autorisation cantonale reste nécessaire.[7]
Point coûts – important pour gérer les attentes au comptoir: lorsque la vaccination a lieu en pharmacie sans prescription médicale, la clientèle la paie actuellement le plus souvent elle-même; un remboursement par l’assurance de base présuppose aujourd’hui une prescription médicale.[12] Avec la révision de la LAMal adoptée en 2025, la facturation directe des vaccinations en pharmacie sans prescription médicale devrait devenir possible dès 2027.[7]
Comme les règles cantonales évoluent, il vaut la peine de consulter l’aperçu régulièrement mis à jour «Vaccinations autorisées en pharmacie par canton» de pharmaSuisse avant de communiquer une offre.[8]
Cas: un patient avec une tique au comptoir
Le retrait d’une tique n’est pas un acte réservé au médecin – l’officine peut ici aider directement et avec compétence ou guider la bonne technique. L’essentiel est de le faire calmement et correctement, puis de conseiller proprement.
Retirer une tique – pas à pas
- 1. Outil: utiliser une pince à tiques, un tire-tique ou une carte. Saisir la tique au plus près de la peau, au niveau des pièces buccales, non sur le corps gorgé de sang.
- 2. Tirer, ne pas tourner: retirer lentement et régulièrement, tout droit. Ne pas écraser le corps, afin qu’aucune salive ni contenu intestinal ne soit pressé dans la plaie.
- 3. Aucun remède maison: ni huile, ni colle, ni alcool, ni chaleur – cela irrite la tique et augmente la libération d’agents pathogènes.
- 4. Désinfecter: désinfecter le point de piqûre après le retrait.
- 5. Documenter: noter la date et l’endroit du corps (p. ex. avec une photo) – cela aide ensuite pour l’appréciation médicale.
- 6. Restes: si des pièces buccales restent plantées, ne pas creuser agressivement; la peau les rejette généralement. En cas d’inflammation, consulter.
Vient ensuite le conseil proprement dit. Expliquez la phase d’observation: garder le point de piqûre à l’œil durant les semaines suivantes. Une petite rougeur immédiate, comme après une piqûre de moustique, est inoffensive. Il faut être attentif si, des jours à des semaines plus tard, apparaît une rougeur annulaire qui s’étend (érythème migrant) ou si surviennent des symptômes grippaux – une évaluation médicale s’impose alors.[5]
Trois points qui ancrent l’entretien: premièrement, le retrait rapide réduit le risque de borréliose, mais ne l’exclut pas – et il ne protège de toute façon pas contre la FSME. Deuxièmement, une antibiothérapie préventive n’est pas indiquée; l’officine n’initie pas d’antibiotiques, elle observe et oriente en cas de symptômes. Troisièmement, une piqûre de tique est juridiquement considérée en Suisse comme un accident – pertinent pour la couverture des coûts si un traitement devient nécessaire.[11]
Reconnaître la borréliose – et orienter correctement
La borréliose évolue typiquement par stades. Au stade précoce localisé (1 à 30 jours après la piqûre), un érythème migrant se forme autour du point de piqûre, le plus souvent d’un diamètre d’au moins cinq centimètres.[5] Déterminant pour le conseil: ce symptôme cardinal est absent chez environ la moitié des personnes concernées – son absence n’exclut donc pas une infection.[11]
Sans traitement, la maladie peut passer à des stades ultérieurs, avec atteinte du système nerveux, des articulations ou – plus rarement – du cœur et des yeux. Une antibiothérapie devrait débuter le plus rapidement possible en cas d’érythème migrant; plus elle est précoce, meilleur est le pronostic.[6] La prescription est médicale – le rôle de l’officine est de prendre au sérieux l’érythème migrant et les symptômes associés non spécifiques et d’orienter rapidement.
Perspective: il n’existe à ce jour aucun vaccin contre la borréliose, mais il pourrait se rapprocher. Le candidat VLA15 (Valneva/Pfizer), dirigé contre six souches de borrélies, a montré dans l’étude de phase 3 VALOR (résultats en mars 2026) une efficacité protectrice de 73,2 % contre la borréliose de Lyme; le critère statistique principal a été manqué de peu. Les partenaires maintiennent le dépôt de demandes d’autorisation auprès de la FDA et de l’EMA en 2026, une mise sur le marché étant envisagée au plus tôt pour la seconde moitié de 2027.[13] D’ici là, la protection contre l’exposition et le retrait rapide restent les seuls moyens contre la borréliose.
Prophylaxie et quintessence pour le comptoir
La protection contre l’exposition passe par des vêtements fermés et clairs (sur lesquels les tiques se voient mieux), des répulsifs (p. ex. avec DEET ou icaridine) ainsi que l’examen systématique du corps après un séjour dans la nature – avec une attention particulière aux creux des genoux, aux aines, aux aisselles et à la naissance des cheveux. Pour une information approfondie, zecken-stich.ch (campagne officielle d’information, soutenue par pharmaSuisse) est une adresse fiable pour la clientèle.[6]
Quintessence du conseil
1. Distinguez les agents. FSME (virus, vaccination) et borréliose (bactérie, antibiotiques) suivent des logiques différentes – y compris le délai de transmission (minutes vs heures).
2. Le retrait rapide compte – contre la borréliose. Tirer correctement, désinfecter, noter la date. Contre la FSME, seule la vaccination protège.
3. Vacciner est une prestation officinale. La FSME, vaccin inactivé, est possible en de nombreux endroits sans ordonnance – clarifier au préalable les règles cantonales et les coûts.
4. Prendre l’érythème migrant au sérieux – même en son absence. En cas de rougeur ou de symptômes grippaux, faire évaluer médicalement; pas d’antibiotiques depuis l’officine.
⚠ Faire évaluer par un médecin en cas de …
- rougeur annulaire qui s’étend (érythème migrant) – des jours à des semaines après la piqûre
- symptômes grippaux, fièvre, maux de tête ou douleurs articulaires après une piqûre
- symptômes neurologiques (paralysies, troubles de la sensibilité) ou troubles cardiaques
- inflammation au point de piqûre ou restes de tique avec irritation
- incertitude chez les femmes enceintes, les petits enfants ou les personnes immunodéprimées
Références
- [1] BAG & EKIF: Empfehlungen zur Impfung gegen Frühsommer-Meningoenzephalitis (FSME). Richtlinien und Empfehlungen, Bern, Juli 2024 (Übertragung innert Minuten; zugelassene Impfstoffe; Applikation).
- [2] BAG & EKIF: Schweizerischer Impfplan 2025 (FSME-Risikogebiet: ganze Schweiz ausser Tessin; Empfehlung ab 3 Jahren).
- [3] infovac.ch: Zeckenenzephalitis (FSME) – die Krankheit und der Impfstoff (Impfschema, Schutzdauer >95 %, keine ursächliche FSME-Behandlung).
- [4] BAG: Frühsommer-Meningoenzephalitis (FSME) / Zecken – Krankheitsseiten (Verbreitung, Habitat, weitere Erreger).
- [5] BAG: FAQ – Zecken und durch Zecken übertragene Krankheitserreger (Borreliose-Stadien; Erythema migrans ≥ 5 cm).
- [6] zecken-stich.ch (pharmaSuisse-Partner): Borreliose behandeln; Zecke entfernen (Übertragung 12–24 h; Antibiotika bei Wanderröte).
- [7] pharmaSuisse: Impfen und Impfberatung; Fakten und Zahlen 2025 (Impfen in allen Kantonen, FPH-Ausweis, ~2/3 ohne Rezept, KVG-Revision 2027).
- [8] pharmaSuisse: Erlaubte Impfungen in der Apotheke nach Kantonen (laufend aktualisierte Übersicht).
- [9] Tages-Anzeiger / Valneva: Borreliose-Impfstoff VLA15 in Phase 3 (2025); FSME-Prävalenz in Zecken 0,5–5 %, 5–15 % schwere Verläufe.
- [10] swissinfo / BAG: FSME-Fallzahlen Schweiz (2022: 380; 2023: 298 gemeldete Fälle).
- [11] Beobachter: Zecken entfernen – Fakten (Borrelien-Durchseuchung 5–30 %, lokal ~50 %; Zeckenstich gilt rechtlich als Unfall; Erythema migrans fehlt bei ~50 %).
- [12] Pharmazeutische Zeitung (2026): Schweiz – Impfen in der Apotheke (kantonale Unterschiede Tot-/Lebendimpfstoff, Erst- vs. Folgeimpfung, OKP-Vergütung/Verordnung).
- [13] Pfizer & Valneva (Mitteilung März 2026): Phase-3-Studie VALOR zum Borreliose-Impfstoffkandidaten VLA15 – 73,2 % Wirksamkeit, primärer Endpunkt knapp verfehlt; Zulassungsanträge FDA/EMA für 2026 geplant, mögliche Markteinführung 2. Hälfte 2027.